Côte d’Ivoire : la Journée mondiale sans plastique célébrée sous autorisation du plastique pour le ciment

Côte d’Ivoire : la Journée mondiale sans plastique célébrée sous autorisation du plastique pour le ciment
Le 3 juillet de chaque année est célébrée la journée mondiale sans sachet plastique. La Côte d’Ivoire, comme tous les pays du monde célèbre cette journée. Cette année, cela se fait dans un contexte où les cimentiers ont été autorisés, selon un arrêté interministériel à emballer leur produit dans du plastique. Une décision objet de controverse Kamelan Omer Pokou, Conseiller technique de Mme Anne Désirée Ouloto, ministre de l’Assainissement et de la Salubrité reconnaît la menace liée à l’utilisation des sachets plastiques. Dans le cas du ciment, c’est la raison, selon lui, qui justifie la prise de mesures particulières liées au recyclage des sachets plastiques. « Il y’a toujours des risques à l’utilisation des sachets plastiques. Il y’a toujours des risques pace que si on utilise le sachet plastique par exemple dans le ciment, et qu’aucun système n’est mis en place pour récupérer les emballages, il y’ a des risques que cet emballage se retrouve dans la nature. C’est la raison pour laquelle l’arrêté a prévu dans l’un de ses articles que les opérateurs mettent en place un système de collette et de recyclage. On a eu une réunion avec eux la semaine dernière pour échanger sur la mise en place de ce système. C’est un processus. Nous aurons une autre réunion pour pouvoir valider le système avant que cela ne démarre », a-t-il expliqué. Face aux récriminations de certains acteurs qui accusent les signataires de l’arrêté interministériel d’avoir fait deux poids, deux mesures pour la cimenterie, le conseiller technique a précisé que l’interdiction de production du sachet plastique est circonscrite. « Ce ne sont pas tous les sachets plastiques qui sont interdits. Il peut avoir des dérogations qu’on donne et cela est prévu dans les textes. Mais lorsqu’on donne les dérogations, il faut prendre les dispositions pour ne pas que les sachets plastiques se retrouvent dans la nature. Ce sont ces dispositions qui sont en train d’être prises. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter » a-t-il assuré. Si le secteur de la cimenterie a pu bénéficier de cette disposition spéciale malgré la mesure antérieure liée à l’interdiction de production et d’utilisation du sachet plastique, cela ne peut l’être pour tous les secteurs. Le secteur de la cimenterie, à en croire Kamelan Omer, a une organisation qui lui offre la possibilité d’un meilleur suivi par l’autorité ministérielle : « Les cimentiers ne sont pas nombreux. C’est un secteur qui est bien connu, les opérateurs du secteur sont connus et identifiés, contrairement à d’autres secteurs où il y a une multitude d’opérateurs et qui rend difficile le suivi. Mais dans ce secteur (secteur du ciment Ndlr), ils sont au maximum 9 et ils ont été identifiés par le ministère du Commerce. Et cela va faciliter le suivi. Si tu donnes une autorisation au secteur de l’eau par exemple, il faut être sûr que tu vas retrouver l’eau partout. Ils sont nombreux et l’utilisation des sachets d’eau est constante. Par conséquent on ne peut pas s’amuser à donner une autorisation à ce secteur puisque c’est un secteur qui n’est pas contrôlable ». [ Du forcing a-t-il été fait pour prendre cette mesure ] Du côté du ministère de l’Environnement et du Développent durable, le sujet est analysé sous un angle différent. Pour un responsable de ce ministère qui a requis l’anonymat, malgré les oppositions au projet au regard de ses conséquences environnementales, il a été adopté presque au forceps. « Ce que je peux dire, c’est qu’il me semble que nous n’étions pas trop d’accord avec cela, mais les gens ont tenté un forcing. À la réunion, on leur a dit que leur sachet n’est pas biodégradable, et que s’ils veulent l’utiliser, qu’ils (Cimentiers Ndlr) mettent en place des mesures pour faire la récupération, il me semble qu’ils n’ont pas mis en place le comité en question et ils ont lancé l’affaire », a-t-il dit. Approché pour confirmer ce témoignage anonyme , Koffi Jacques, Coordonnateur du programme des déchets (CPD) au ministère de l’Environnement, a répondu qu’il n’a pas participé à la rencontre avec les industriels du plastique et les cimentiers. Nos tentatives pour joindre son collègue, le Professeur Yapo sont restées vaines. [ Des revendeurs mécontents et inquiets ] « Pourquoi vouloir faire le sac de ciment en plastique ? Pour moi, c’est une volonté de voir le ciment se gâter plus vite. Ce n'est pas bon pour les revendeurs comme nous qui avons des dépôts. Parce-que, le plastique est une matière qui génère de la chaleur. Cette chaleur, associée à l’humidité des magasins, si le ciment qui n'est pas vite vendu. Au bout d’un mois de conservation, il va durcir. Ce sera de grosses pertes pour nous. Je pense que c’est une façon pour eux de nous pousser à vendre le ciment plus vite. C’est pourquoi je préfère vraiment les sacs en papier», a expliqué Respectivement, Diarra Badjé, qui achète entre 10 et 20 tonnes de ciment par mois, pour le revendre. Sermé Ousmane est vendeur de briques dans la même zone. Pour lui également, cette mesure est mal venue. Il soutient que ce type de sacs de ciment est déjà commercialisé sur le marché. «Certains collègues les utilisent », précise-t-il. Mais, lui, les refuse. Car, selon lui, il est difficile de se débarrasser des emballages vides. « C’est difficile aujourd’hui de se débarrasser de ces sacs-là, après l'utilisation du ciment. Après avoir utilisé le ciment, ils sont obligés d’entasser les sachets vides dans leurs magasins. Car, ne sachant pas comment s'en débarrasser. Ce sont des déchets difficiles à gérer. C’est tout le contraire pour les sacs en papier . Des femmes viennent nous les racheter pour aller emballer leurs marchandises au marché» fait-il savoir. Danté Ousmane, un maçon à Yopougon Toit-rouge, a lui aussi, pointé le risque de durcissement du ciment, au cas où il serait emballé dans des sacs plastiques. Notamment, le modèle 42 qui, selon lui, «est très fort et durcit au contact avec l’humidité ». [ Les inquiétudes des associations des consommateurs ] Soumahoro Ben N’Faly président de la fédération ivoirienne des consommateurs le réveil (FICR) a dit : « À partir du moment où c’est autorisé, quelle possibilité les autorités ont pour faire un contrôle régulier afin qu’il y ait le respect des normes édictées ? Je n’y crois pas ! Une fois que c’est autorisé, c’est autorisé. Pour moi à partir du moment où on donne dos au sachet plastique, il n’est plus question de revenir là-dessus. Cela va créer la pagaille. Dans d’autres domaines, il y’ a certains acteurs qui avaient exprimé le besoin, et qui ont demandé une autorisation spéciale, mais cela ne leur a pas été accordé . Et cela fait du coq à l’âne, conséquence, le sachet plastique circule partout. Soit on ne fait plus, soit on l’autorise pour tout le monde. Mais les démonstrations qui ont été faites devant nous prouvent que ce n’est pas bon. Avait-on besoin d’autoriser cela pour les cimenteries ? ». [ Konan Cyril, secrétaire général de l’ACOTEL-CI : « Le consommateur attend de voir »] L’Association des consommateurs de télécommunication de Côte d’ivoire (ACOTEL-CI), à travers Konan Cyril, son Secrétaire général, craint une augmentation du prix du ciment avec l’emballage en sac plastique : « Avant de prendre un arrêté, il faut étudier la question, il y a des travaux préparatoires. La sensibilisation n’est pas passée. Presque 90 % de tous nos achats étaient emballés dans du plastique. Le fait d’interdire le plastique et faire une particularité pour la cimenterie, ce n’est pas normal. En demandant aux cimentiers de recycler le sachet plastique, cela nécessite pour eux un complément d’investissement lourd, une technologie, des ressources humaines. Ils font du ciment, ils ne sont pas formés pour le recyclage. Le souci de l’entrée en vigueur de cette mesure, c’est que lorsqu’un investissement s’ajoute, ces entreprises font des répercutions sur le consommateur final. Le consommateur attend de voir .